jeudi 15 septembre 2016

White is white

Et voilà, encore une dégustation multiple !

Comme le titre porte bien son nom, on se doute légèrement qu'on ne va pas partir sur quelque chose de fort vieux ...
Et de fait, on va plutôt rester sur du blanc mais sous différentes sortes histoire de varier un peu les plaisirs.

Alors, oui, j'en entends déjà hurler : "Du rhum blanc mais c'est dégueulasse !" (oui, toi au fond, le belge qui fait ses courses en grandes surfaces ^^)
Oui et non : Oui parce que pour nous, pauvres petits belges, ce qu'on nous propose en grande surface se limite souvent à du Saint-James pas très bon (oui, je ne suis pas fan), du Bacardi et du Havana Club (chez Colruyt, on trouve même un truc où il y a écrit sur l'étiquette "Marie-Galante" mais je crains que la chose ne rende aveugle). Si on a de la chance (mais beaucoup hein !), on pourra peut-être trouver un Trois Rivières.
Ca ne fait pas rêver n'est-ce pas ?
Non parce qu'en cherchant bien (caviste, internet, tout ça tout ça) on trouve des choses assez géniales (oui c'est en moyenne trois fois plus cher minimum que ce que j'ai cité ci-dessus mais la qualité est quand même mille fois meilleure).

C'est pas tout ça mais qu'est-ce qu'on boit finalement ?

On va rester simple pour commencer : un agricole blanc de Martinique.
On poursuivra avec quelque chose de plus exotique (dans le sens "carnavalesque") avec de la Cachaça (mais, si Brésil, Rio, tout ça ... ok je sors ...).
On terminera enfin avec un rhum de mélasse bien puissant (dans tous les sens du terme) qui envoie du très très lourd.

Maintenant que vous êtes en train de baver de votre écran après cette énumération qui donne soif (oui, parfois j'écris ce que je pense tout bas), allons-y pour la découverte des produits du jour :

Rhum Clément Canne Bleue - millésime 2013 :


Pas de boite pour celui-là mais comme je trouve que la bouteille est chouette, je vous le mets en "recto-verso" :
Clément Canne Bleue 2013 - de face Clément Canne Bleue 2013 - de dos


Sinon, c'est quoi cette histoire de canne bleue ?
C'est un type de canne à sucre particulièrement réputé pour sa forte concentration en sucre et pour les arômes qu'elle dégage.
Généralement, les distilleries utilisent plusieurs types de cannes pour élaborer leur rhum, ici on est face à un rhum monovariétal (un seul type de canne donc).
Et tant qu'à en goûter un, autant jeter son dévolu sur ceux qui ont développé les premiers ce type de rhum (et oui, c'est des pionniers chez Clément).


canne bleue - en vrai
En réalité, ça ressemble plutôt à ça (oui c'est bien plus violacé que bleu, je sais)

A toutes fins utiles, il est toujours bon de rappeler que la gamme de rhum proposée (de l'agricole donc pour ceux qui ne suivent pas) est hyper complète :
- 5 blancs : 40°, 50°, 55°, un millésimé à 50° (le canne bleue produit tous les ans en quantité limitée) et le petit nouveau à 49,5° : le colonne créole ;
- 1 ambré ;
- des "spécial" cocktails : un première canne (blanc) et un select barrel (vieilli en fûts de chêne neufs) ;
- des vieux : VO, VSOP, XO, 6 ans, 10 ans, 15 ans et cuvée Homère Clément ;
- des vieux millésimés : 1952, 1970 et 1976 ;
- une édition limitée à 500 exemplaires en carafe cristal (le prix est vraisemblablement au diapason du contenant ...) ;
- des "single cask" élaborés à partir de canne bleue : 100% canne bleue, vanille et moka (oui, c'est perturbant à lire mais aussi à écrire) ;
- des punchs et cocktails déjà mélangés et près à boire ;
- un Schrubb (rhum blanc, rhum vieux, sucre de canne, épices et écorces d'orange), boisson créole typique ;
- du sirop de sucre de canne.
Il y a déjà de quoi faire non ? 

C'est pas tout ça mais finalement, ça goûte quoi ce fameux millésime 2013 ?

Et bien, tout d'abord il est incolore (et ça ne va pas varier pour les deux suivants). Voilà. Ca c'est fait.

Au nez, on se trouve face à d'importantes notes de canne à sucre (j'en vois déjà certains dire que c'est normal...) et, plus légèrement, sur les agrumes.

La bouche révèle une concentration plus forte en agrumes avec, en fond, ces notes de canne rafraichissantes.

La finale présente des notes plus florales et herbacées tout en restant sur la canne.

Personnellement, je trouve qu'il s'agit là d'un bien beau produit qui respecte le matériau de base et le met on ne peut mieux en valeur.
A retenir toutefois : comme il s'agit d'un rhum millésimé, et bien, tous n'auront fatalement pas le même goût et certains seront bien meilleurs que d'autres (comme le vin en fait).

Cachaça Envelhecida Engenho da Vertente Tradicional :


Ah ouais d'accord, encore un truc qu'on ne sait pas prononcer.
Oui, comme Uitvlught. C'est exprès pour embêter les gens en fait.

Mais sinon ton cachatruc, c'est quoi ?
Pour faire très simple, c'est une eau-de-vie brésilienne de jus de canne frais.
D'où le rapprochement avec le rhum (jus de canne frais, rhum agricole, cachaça, tout ça tout ça).

Mais pourquoi celle-ci et pas une autre, y en a plein de la cachaça non ?
Oui, il y a effectivement une flopée de marques différentes dont certaines trouvables en grandes surfaces.
Cependant, c'est comme pour le rhum (et un tas d'autres produits) : le plus simple à trouver n'est pas nécessairement le meilleur ... alors autant taper de suite dans quelque chose de bien et, tant qu'à faire, autant privilégier une "micro-structure" artisanale (un seul alambic en cuivre, fermentation dans des cuves en acier inoxydable, vieillissement en fûts couchés en chais à température contrôlée, mise en bouteille à la main) produisant +/- 10.000 bouteilles par an.
Cette version-ci est vieillie deux ans en fût de Jequitiba rosa, une essence traditionnelle brésilienne. il en existe une autre vieillie en fûts de chêne ("barrel aged").

Ah d'accord, c'est brésilien donc. On fait des caïpirinhas avec alors ?
... oui on peut.
Sinon, on peut également la déguster telle quelle vu la qualité de la chose.

Ah oui, comme d'hab, photo :
Cachaça Envelhecida Engenho da Vertente Tradicional


Maintenant qu'on a un peu plus de détails sur le produit, il est temps de le goûter :

Pour commencer, on remarque que sa robe est également incolore (ça alors !).

Au nez, on part sur une foultitude d'arômes et c'est beaucoup plus végétal et fruité que le précédent (au premier nez, on a l'air d'être sur une liqueur de fruits mais cette impression passe fort vite).
Nous sommes face à quelque chose de très bien maitrisé qui donne envie de s'y plonger à nouveau.

Etrangement, c'est plus sec en bouche. Toujours sur les "herbes" avec une note de fruits verts en arrière-fond.
C'est toujours aussi chouette.

Enfin, la finale est plus épicée mais garde l'aspect sec et herbacé retrouvé plus haut.

D'accord, ce n'est pas du rhum. Il n'empêche qu'il s'agit tout de même d'un "cousin" pas si éloigné que ça quand on jette un coup d'œil ne serait-ce qu'à sa matière première.
Et puis il serait idiot de ne pas s'ouvrir vers d'autres horizons sucriers.

Personnellement, ça m'a vraiment bien plu (bien maîtrisé, belle continuité des arômes) et m'a donné envie d'approfondir un peu le sujet.
J'ai dernièrement eu l'occasion de déguster un "rhum" Compagnie des Indes Brésil 16 ans de la distillerie Epris.
De mémoire, il présentait une belle couleur or pâle, un nez assez épicée et une attaque en bouche relativement fraîche et agréable.
Il faudrait que je remette la main dessus pour un peu plus de précisions.
J'avais - déjà à l'époque - été agréablement surpris par la chose.

Habitation Velier Forsyths WP 151 Proof


Pour ceux qui auraient séjournés sur la lune ces quelques dernières années, Velier est un embouteilleur indépendant italien qui fut le premier à commercialiser un rhum brut de fût (Damoiseau 1980) d'une qualité exceptionnelle alors qu'à l'époque, tout le monde se demandait ce que l'on pouvait faire avec ce type de produit...
A l'origine de cette idée et de ce produit, un homme : Luca Gargano qui - comme souvent - a transformé en or ce sur quoi il a posé les mains. Pour ceux qui n'ont pas compris, l'idée folle s'est propagée suite au succès incroyable obtenu par ce rhum, devenu mythique (et très cher pour les privilégiés pouvant espérer mettre la main dessus).
Pour faire un parallélisme rapide : pour un guitariste, Eric Clapton = God ; pour un amateur de rhum, Luca Gargano = Eric Clapton ^^
Le brave homme s'est ensuite fait mondialement connaître avec ses embouteillages de vieux rhum Demerara qui s'arrachent désormais à des prix dépassant les barrières du possible (ce qui implique qu'à part un sample, et encore, si vous avez de la chance de mettre la main dessus, le commun des mortels aura de grande difficultés à acquérir ces bouteilles). On en reparlera sûrement.
Et maintenant à chaque nouvelle sortie de ces "légendaires" bouteilles au look si particulier (noir et sobre), il est soit impossible de s'en procurer (sauf si on dort à côté de La Maison du Whisky, distributeur officiel de Velier, ou si on connaît Luca Gargano himself ...), soit il faut débourser des sommes folles pour y arriver. J'en veux pour exemple la dernière sortie : le Foursquare 2006 a subi les délires des spéculateurs (car oui, il y en a désormais beaucoup) et, peu de temps après son acquisition, il était déjà revendu à deux ou trois fois le prix initial (il est rassurant de savoir que certaines bouteilles sont arrivées chez de vrais amateurs qui les ont acquises pour les boire et non faire du profit).
Oui, j'ai beaucoup de mal avec ce type d'investissement (c'est triste de conserver quelque chose d'exceptionnel sans jamais en profiter) mais il s'agit là d'un autre débat.

Mais ... on ne va malheureusement pas déguster ce type de produit exceptionnel cette fois-ci (mais ne partez quand même pas tout de suite !!).
On va plus particulièrement s'intéresser aux petites dernières de chez Velier qui présentent encore un prix abordable et peuvent se trouver de manière relativement aisée (traduction : pas les bouteilles noires !) si on sait où chercher.
Profitons-en avant que les spéculateurs ne se rendent compte que derrière Habitation Velier  se cache tout simplement Velier ^^

Le concept ici est de ne présenter que des "Pure single rum", soit des rhums 100% issus d'une double distillation sur alambic.
Si plusieurs distilleries suivaient cette voie, on serait alors face à une évolution dans le monde du rhum semblable à ce qu'a connu le monde du whisky avec l'apparition des "pure single malt".
Pour la petite histoire, c'est Luca Gargano en personne qui est allé dans les distilleries choisir les rhums faisant l'objet de cette collection afin d'avoir des produis authentiques à l'identité très marquée.

Au niveau de la présentation, comme toujours chez Velier, les "séries" ont le même style.
Ici, on est plutôt face à un embouteillage old school qui plaira à certains et moins à d'autre.
A noter la représentation sur chaque bouteille de l'alambic sur lequel le rhum a été distillé. C'est assez classe.
Personnellement le look sobre et épuré des bouteilles noires de vieux Demerara me plaisait plus.
Habitation Velier Forsyths WP 151
Oui, une photo du site. Non, je n'ai pas de bouteille. Seulement un sample et la photo était moche ...
Alors tant qu'à faire, essayons de faire un truc propre ^^
Qui dit Luca Gargano dit généralement (toujours ?) transparence quant au produit, la preuve :
Outre le type de rhum (White - Jamaica pure single rum), la distillerie, l'année de mise en bouteille, le nombre de congénères (plus il y en a, plus le rhum est puissant au niveau du goût ; pour info, 502 c'est énorme) et le degré d'embouteillage figurant tous sur la bouteille, la désignation même du rhum est éloquente :
- Forsyths  : il s'agit de l'alambic sur lequel le rhum a été distillé ;
- WP : initiales de la distillerie Worthy Park (Jamaïque) ;
- 151 Proof : le degré d'embouteillage, soit 75,5°.
Ainsi, en une ligne, on en sait plus qu'en analysant l'ensemble des informations données par certaines distilleries (par exemple, certains "rhums" de tendance hispanique ou "ron").

Il faut enfin préciser que ce rhum a fait l'objet d'une très longue fermentation : trois mois alors que la plupart des rhums fermentent deux jours au maximum (généralement mois) !

Ok, c'est bien beau tout ça, mais ça goûte quoi au final ?

Pour le principe, je vous le fais mais juste pour le principe hein : Incolore !
C'était le moment détente offert gracieusement.

Passons maintenant aux choses sérieuses :

Si vous vous lancer comme une brute sur le verre, vous allez prendre une claque monstrueuse tellement la bête est puissante. Mieux vaut le laisser respirer un peu et s'y plonger de manière calme et posée.
On se retrouve alors face à quelque chose des vraiment très spécial si on ne s'y attend pas : une odeur de vernis, de solvant et de colle mais aussi de banane (mûre à un point te que l'on pourrait dire pourrie ...).
BAM ! Bienvenue en Jamaïque !!
Il va falloir vous habituer, c'est typique chez eux.
Mais derrière tout ça on découvre une légère note citronnée.
D'habitude j'ai du mal, mais cette fois je trouve vraiment que la rétro-olfaction fait ressortir encore plus ces arômes particuliers.

L'attaque en bouche est la même que pour le nez : Vous y aller comme une brute, ça pique la langue et vous recevez toute la puissance de la chose dans la bouche.
Encore une fois, y aller en douceur permettra de constater que malgré le voltage, ça ne brûle pas la gorge(mais ça la réchauffe, ça oui).
Outre les marqueurs jamaïcains bien particuliers, on sera sur quelque chose de plus épicé (poivre).

La finale est - me semble-t-il - plus épicé tout en restant sur des notes de colle, de vernis et de fruits très mûres mais avec un côté frais relativement étonnant et agréable.
Etrangement, il m'a paru plus sucré sur la fin (voir même un peu salé ?!).

Voilà voilà.
Si après on ose encore dire que les rhums blancs de mélasse sont imbuvables, je ne sais pas ce qu'il faut faire.
Malgré la tête de mort présente sur l'étiquette indiquant qu'il ne faut pas le boire seul, il serait dommage (voir scandaleux) de le boire en cocktail (mais ça en ferait une base incroyable).

Personnellement j'ai adoré. Oui, j'ai pris une grosse claque mais j'ai adoré et c'est bien plus subtil que ce que l'on pourrait s'imaginer.
Il faut vraiment le tester au moins une fois.
De mon côté, il va falloir que je m'attelle à découvrir plus en détails ce que la Jamaïque peut réserver (à part Bob Marley ^^).

Pour la petite histoire, lors de notre dégustation, on a failli perdre un ami. C'était tellement puissant qu'on ne l'a récupéré qu'après quelques instants de solitude (mais il dira qu'il est allergique au "PET" et que le rhum n'est pour rien là-dedans :p).

En espérant que ça vous donnera envie de découvrir ce que le "rhum" blanc au sens large peut vous réserver.


Rhum n' Whisky

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